Le Nombril du Monde

Depuis juin 1990, l'histoire du Nombril du Monde à Pougne-Hérisson est une aventure artistique unique. Initiée par Yannick Jaulin et la population du village, elle va fédérer un collectif d'artistes, de créateurs et de bidouilleurs en tous genres.

D'abord festival, événement focalisé sur la mythologie du Nombril, l'aventure se poursuit avec le Jardin des histoires, puis une nouvelle page s'écrit en 2015 avec la remise à plat du projet, de son équipe et de son organisation... Lieu à écouter autant qu'à voir, le jardin reçoit des milliers d'enfants, des visiteurs en tous genres. c'est un espace unique, mi musée d'art brut, mi parcours sonore high tech, une utopie artistique ne ressemblant à aucune autre.

Le Nombril aujourd'hui 

Depuis 2015, le Nombril s’est doté de deux têtes pensantes et agissantes qui se partagent la co-direction du lieu : Yannick Jaulin, le Jean de la Lune à chemise fleurie, l’inventeur utopiste, en charge des questions artistiques et des relations externes ; et Olivier Allemand, le serreur de vis aux lunettes malicieuses, qui veille à la stratégie, à l’administratif et à l’équilibre (notamment budgétaire) de ce joyeux bazar. 

Sous leur action, le nouveau projet du Nombril se dessine en quatre dimensions :

Une saison culturelle, ryhmée par des Nocturnes sonores, des Contes pour la tribu et autres formes spectaculaires dans le Jardin, ainsi que Le mystère de Saint-Pou, événement biennal dont nous seuls avons le secret.

Une dimension touristique, visant à faire connaître et reconnaître ce Haut-lieu légendaire de Gâtine, ouvert du printemps à la fin de l’été aux touristes désireux de vivre des visites guidées décalées et des parcours sonores bucoliques…

Le Nombril du Monde prend aussi très à cœur son pôle pédagogique : il propose des activités aux écoliers de la maternelle au lycée en développant une pédagogie basée sur l’imaginaire et le conte...

Enfin, à travers un pôle Oralité, le Nombril du Monde se veut être un lieu de référence de la filière Conte, en développant des formations destinées à un public amateur et semi-professionnel, des prestations sur-mesure destinées aux entreprises et aux collectivités, ainsi qu’un accompagnement des conteurs à travers divers dispositifs.


Un peu d'histoire : la Génèse racontée par Yannick Jaulin

« Pougne-Hérisson commence pour moi en 1986...

Je suis conteur professionnel depuis le 1er janvier 1985. Ça marche plutôt bien dans la région. Là, je suis en pleines répétitions d'un spectacle d’été, Feux follets à Parthenay. Je dois écrire une série de contes inspirés des mythologies. Une nuit, de beuverie, un mec de l’équipe, Laurent Morin, m’emmène à Pougne-Hérisson, en Gâtine profonde. Terre de granit, bout du massif armoricain, des rochers et des affleurements de granit partout. Ça fait très celte. Il me guide entre des rochers de granit et me raconte les légendes du coin, l’histoire du Boussignoux : « année de sècheresse, tous les troupeaux meurent ; un boeuf énorme, un pâtre suit la bête. Le bœuf s’arrête sur un rocher, tape du sabot sur la pierre, l’eau commence à jaillir. Le bœuf boit, la sècheresse disparaît. » Sur ce rocher maintenant on voit bien la trace des cornes, la trace de la queue : le boussignoux, le signe du bœuf. On visite l'hôtellerie St Georges, étrange bâtisse à meneaux moitié écroulée, pleine de trous. Le proprio pensait qu'il y avait un trésor. Les cheminées sont monumentales. On dirait une maison de Géants...

Le lendemain de cette visite, j’écrivais Le Bal des pompiers. Je place Le Bal des pompiers et Géant et Lutie, une autre histoire, à Pougne-Hérisson, et ça fonctionne. Moi, ça me titillait la couenne de placer mes histoires dans un même univers. Alors je décide de placer toutes mes histoires à Pougne-Hérisson. Un peu comme ça, à cause de ces sensations et Pougne-Hérisson c’est un nom fantastique, c’est un jingle de pub.

En 1990, les gens de Pougne-Hérisson, que je ne connaissais pas viennent me rencontrer et me disent : « On sait qu’te racontes daus affaires sur chez nous, faut qu’tu viennes ».

Nouvelle équipe municipale autour de Bernard Boileau. Ils avaient envie de faire quelque chose dans leur commune. Je leur propose de faire un événement à la Saint Jean en 1990. On le fait et on inaugure le Nombril du Monde. Avec Philippe Bosselut un ami technicien, nous nous étions dit qu'il ne fallait pas faire n’importe quoi : inauguration du Nombril du Monde avec pose de la première pierre de la future maison du conte. On faisait la pose de la première pierre toute les demi-heures parce qu’on pensait que c’était un gâchis de faire une pose de pierre rien qu’une première fois et avec le Maire, le précieux Bernard, on coupe le cordon ombilical et on boit tous deux le précieux liquide. L’esprit était là et on a mille personnes qui suivent, sur un pari improbable, comme ça. En 1992, je leur propose de continuer, de faire une formule festival avec un budget de 100.000 F. Ils suivent. On a trois mille personnes pour le festival, les médias nationaux en parlent à tout va et la mayonnaise prend comme ça.

Tous les deux ans, on retrouve ce festival et il se passe toujours des trucs incroyables.

La légende du Nombril du Monde se découvre et l’histoire s’enrichit, grandit, grossit jusqu'en 2000. On s’inscrit dans un surréalisme pataphysique. Par exemple, notre jumelage avec l’étoile polaire où se trouve le siège de l’association du Nombril du Monde qui gère les liens avec les différents nombrils du monde ; la Faculté d’ombilicologie créée à Pougne-Hérissson. Le jumelage avec l’étoile polaire en l’an 2000 devant sept mille personnes ravies d’assister à la réunion des opposés complémentaires. Pougne-Hérisson, représenté par deux tracteurs. Dans un tracteur un porteur de lance, branche de frêne représentant Ygdrasil, le frêne cosmique et dans l’autre un autre qui portait un vieux pneu usé représentant Oro-Boros le serpent de la connaissance. Quand le frêne a pénétré le pneu, explosion gigantesque derrière et le jumelage a été déclaré efficient.

J’ai toujours essayé de donner un caractère métaphorique fort. Quand on se réfère aux grands symboles, on ne peut pas décaler complètement, on ne peut pas aller dans du n’importe quoi. J’ai toujours essayé de garder une cohérence vis-à-vis des grands symboles. Des gens ont essayé de réécrire les mythologies, mais j’ai toujours refusé un certain nombre de propositions pour garder une cohérence qui fasse que Pougne-Hérisson reste le lieu d’où sont parties toutes les histoires du monde au moment du big-bang mythologique. Les histoires n’avaient plus d’endroit où revenir et l’on voyait bien que ce pays était en train de dégénérer parce que plus aucune histoire ne volait dans son ciel. Un pays qui n’a plus d’histoires dans son ciel ne peut plus imaginer l’avenir et n’a plus d’avenir possible. Il fallait faire revenir les histoires à Pougne, pour que ce pays puisse encore s’imaginer. Bien sûr c’est une allégorie, forcément. C’est une métaphore sur le développement local. Pougne-Hérisson est une métaphore. On est au cœur de la métaphore et c’est elle qui produit du développement local. Je trouve ça fantastique d’avoir créé une espèce de bulle, de l’avoir posée sur la terre et que ce soit elle qui génère elle-même son propre développement et qui attire de l’argent pour que ça se fasse autour de cette idée qui ne repose que sur un slogan : « Il faut le croire pour le voir ». Un pari fou qui n’a pas été calculé. Un pari qui s’est fait au fur et à mesure du temps. Ça se construit avec les rencontres et les hasards objectifs tous les deux ans depuis quinze ans.

Après cela et après moult difficultés, nous réussissons à aller au bout du projet de Jardin des histoires. Il ouvre en 2004 et emploie six personnes. L'aventure devient une sorte d’exemple de festival décalé en milieu rural, milieu qui n’est pas en général des plus forts pour l’innovation. Il est plutôt confît dans la nostalgie et les valeurs du passé. Le Nombril du Monde, en plus, ça interpelle pas mal !

A Pougne-Hérisson, très sincèrement ce qui fait prendre la sauce, c’est le lien avec une équipe locale formidable.

Des belles gens, des amis. Pas facile parfois, parce que très affectif. On s’est engueulé, ça n’a pas toujours été simple. On est en Gâtine, on ne dit pas les choses. Faut o deviner, faut interpréter, compliqué ! En même temps ça se fait de l'autre côté, c'est l'engouement des artistes qui m'ont rejoint sur ce projet. Dès le départ, les gens de la rue ont été très présents. Sans Délice Dada, Oposito, Opus et Pascal Rome, Titus, le Nombril n'aurait pas grandi. Pour ces derniers (membres éminents de la faculté d'ombilicologie), ils ont en plus été acteurs majeurs dans la conception et l'aménagement du jardin. Le Nombril est d'abord une oeuvre collective. C'est sa force. »