Sur scène

Le Dodo


Le Dodo, un monstre moderne
L’identité du Dodo se construit avec la prise de conscience d’une anomalie, une monstruosité pointée par le regard de l’autre : il est DIFFERENT. « On le prendrait pour une tortue qui se serait affublée de la dépouille d’un oiseau » s’amuse Buffon…
« Est-on condamné à la norme ? » pourrait aussi nous demander le Dodo, que gagne t-on à s’y conformer, à être homologué, « stable et homogène » comme une graine commercialisable ? Sous la pression des codes, chacun se trouve confronté à la difficulté de concilier ce qu’il est avec ce qu’il essaie d’être, fantasmant une identité conforme aux exigences du monde contemporain. Ainsi, le Dodo survivant serait-il l’emblème d’un autre monde possible, où la différence serait un atout et l’inutile une vertu ?

La trinité  du Dodo: Le Dodo et ses deux conteurs
La schizophrénie du conteur en proie à cette crise existentielle diagnostiquée comme le « syndrome du Dodo » (suis-je en voie de disparition… comme mon île?) provoque un dédoublement mis en scène par deux personnages. Chacun incarne deux tentations opposées : Japiaud, le conteur patoisant, continue de raconter les mêmes histoires feignant de ne pas voir que son île a disparu ; il reste les pieds dans l’eau, bercé par la nostalgie d’un monde révolu. Joslin lui aussi est né ici, mais refusant de couler avec son île, il l’a laissée derrière lui comme un fardeau pour aller de l’avant. Il travaille dans le spectacle et a rêvé de réussite.

La parole en question
La division cellulaire du conteur confronte deux manières de raconter des histoires, ou plutôt la même histoire : celle du Dodo qui passe de main en main comme une marionnette, un doudou. Sur scène, le Dodo est un objet de projection, un alibi pour parler de soi et chercher qui l’on est. Sa disparition va mettre les deux conteurs face aux dérives de leurs paroles (s’échouant tantôt dans la plainte, ou le discours militant), pour enfin se demander : comment et pourquoi raconter des histoires ? Ainsi les histoires pourraient-elles donner à tous les Dodos métaphoriques la force de se tenir debout ? Faire grandir les petits ?… Mais à quelles conditions ? Que peut-on transmettre au monde en parlant de soi ?


Production Le Beau Monde ? Compagnie Yannick Jaulin
Coproduction La Coursive, Scène Nationale La Rochelle, Astérios Spectacles, MC2 : Grenoble, Le Centre culturel de Cesson-Sévigné, La Maison du Conte/Chevilly-Larue
Avec la complicité du Nombril/Pougne-Hérisson, Théâtre de Verre/Châteaubriant, Théâtre des Bergeries/Noisy-le-Sec, La Scène Nationale de Cavaillon
Crédits photos Hervé Jolly


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