Yannick Jaulin

Causer d'amour

Il apparaît ancré dans sa terre, planté dans son parlange vendéen. Projeté sur un cadre de toile, son ombre le dépasse. Elle est immense, presque difforme. Elle porte en elle toute la tradition du conte avec ses monstres, ses rois et leurs amours. Surtout leurs amours. Car l’amour est bien le grand sujet de ce nouveau spectacle de Yannick Jaulin.

Avec une impudence pudique, il retrouve rapidement le français pour conter son échec d’amour. Sa désespérante habitude à ne pas savoir bien aimer, pas assez, pas vraiment... Il part à la recherche des sources de ce handicap qui le laisse avec deux mariages sur le flanc. Il revisite son enfance paysanne dans ce monde où l’amour était omniprésent mais où on n’en parlait jamais franchement.

Entre les deux, l’universel des contes et l’unicité de son histoire, se trouve tout le talent de Yannick Jaulin. Il trouve ce point d’équilibre ténu entre une histoire personnelle et une réflexion qui nous interpelle tous. Du Barbe bleu dans son château aux questions de sa fille, des mœurs amoureuses des oiseaux à son introspection, il brasse les grands mythes, les doutes de l’homme, les mystères de l’amour qui dure... Il saupoudre des références au temps présent au cœur des histoires vieilles comme le monde.

Sur scène, le spectacle est rythmé par les compositions de Morgane Houdemont au Violon et Joachim Florent à la contrebasse, qui, tel un chœur de tragédie grecque derrière deux autres écrans, viennent résonner avec les mots et amplifier le propos.

Ce n’est plus du conte, ce n’est pas vraiment du théâtre. C’est aussi du chant, de la musique et des pas de danse. C’est du Jaulin. Du très bon Jaulin qui fait rire, émeut, s’emballe et se recroqueville sur ses questions. Et finalement cet aveu de mal d’amour sonne comme un hymne à l’amour. Et on repart léger mais chargé d’une question lancinante : Et moi, en amour, suis-je pinson, coucou ou pigeon ? Dans un troublant effet de miroir, Yannick Jaulin nous a renvoyé à notre propre chemin. Comme souvent les contes.

Gilles Kerdreux

 

Créé le 5 novembre 2018 au Train-Théâtre, Portes-lès-Valence

Production Le Beau Monde ? Compagnie Yannick Jaulin
Coproduction Causer d'amour : Le Train Théâtre, Portes-lès-Valence (26) ; Théatre Sénart, Scène Nationale de Lieusaint (77) ; Gallia Théâtre, Scène conventionnée de Saintes (17) ; Théâtre Le Strapontin,  Scène des arts de la parole, Pont-Scorff (56) ;  CPPC - Théâtre de L’Aire Libre, Saint-Jacques de la Lande (35) ; Astérios Spectacles, Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne (33)
En partenariat avec le Palais Idéal du Facteur Cheval.
Avec le soutien de l’OARA-Nouvelle-Aquitaine.
Crédits photos : Florence Houchot, Renaud Vezin

.

.

Galerie Photos

Newsletter

Pour ne rien louper, inscrivez-vous à la Newsletter