En chantier

Ma langue mondiale

Note d'intention

Voilà l’affaire. Elle est simple.
Dès le départ, je n’ai pas su comment faire pour traiter ma schizophrénie linguistique. Je n’arrivais pas à faire rentrer les deux morceaux de mon cerveau dans un seul spectacle. Cette division de l’encéphale s’élargissant aux sphères culturelles, je sentais plus que jamais ce tiraillement entre les lieux improbables de la culture populaire et les institutions culturelles. J’avais du mal à imaginer un seul spectacle calibré pour le théâtre. Alors je me suis vu retissant du lien avec les quartiers, avec les lointains, pour leur dire cette histoire de langue dominante, leur donner la parole. Je me suis dit, en bon matamore, que j’irais faire circuler les publics, et voir les habitués du théâtre dans les salles de quartier, et ceux des quartiers revenir avec moi au centre. Je me suis dit que j’allais bâtir ces migrations avec les équipes des théâtres.
Alors, j’écris un diptyque, deux spectacles sur la langue ou plutôt sur Ma Langue Mondiale.

Ma langue mondiale

Elle est double.
Le français, que j’ai commencé à parler à l’âge de six ans. Il me tarabuste le haut du palais, m’ébouriffe les gencives, porte les hargnes et les beautés de ma pensée.
Et ma langue maternelle, un patois pataud pour d’autres que moi, que je salive, qui me connecte à mes entrailles, à ma dorne, à mes replis de générations, à l’enfant, au drôle rieur que je papote dans mes intérieurs
Depuis la révolution française et l’abbé Grégoire, le patois porte un héritage lourd de moquerie de pensée réactionnaire, en porte à faux avec la mission universaliste du français.
J’aimerais rabibocher les deux... ou au moins les faire dialoguer.

Ma langue maternelle va mourir et j'ai du mal à vous parler d'amour

Un spectacle binaire en duo avec Alain Larribet : un concerférence, concert parlé sur la domination linguistique, la fabuleuse histoire des langues mondiales. L’émotion et la langue maternelle. Une interférence
musicale en émoi, la dorne qui dalte sur un chant des tripes béarnaises. Un joyeux baroud d’honneur des minoritaires. Une jouissance langagière partagée sur un plateau frugal.

Yannick Jaulin

L’amour des mots...

Jaulin aime les mots, ce n’est pas nouveau. La langue est son outil de travail et le voilà qui parle de son outil. Il raconte joyeusement son amour des langues en duo avec Alain Larribet, musicien du monde et béarnais. Il met des mots sur les siens, sur son héritage, sur la honte des patois, sur la résistance à l’uniformisation, sur la jouissance d’utiliser une langue non normalisée, pleine de sève et de jeunesse du monde. Un spectacle comme un jardin de simples, vivifiant et curatif qui verra le jour en janvier 2018 après de nombreux chantiers publics initiés dès septembre 2016.
A l’intérieur de ce spectacle un temps sera réservé pour qu’un invité local y fasse entendre une autre langue.

Causer d'amour

Un spectacle ternaire avec le trio à cordes de Morgane Houdemont. Morgane la punk qui triture la musique pour en faire une langue et moi qui jouis pleinement de ma langue chantée, incantatoire ou poétique.
Je sais qu’il y aura des histoires. Parce que ma langue de l’intérieur, celle qui a gravi les outils précaires de ma construction émotionnelle, aime les mythologies, les profondeurs, les chemins tortueux des récits des origines poqués à mes lubies. Des briques d’histoires pleines de lallations, de digressions, d’incantations. Ce spectacle là, j’ai besoin de la valse des répétitions pour arriver à en tracer le cercle.

Yannick Jaulin

Des mots d’amour

Jaulin a toujours raconté des histoires. A travers elles, il s’approche de lui, de ce qui a bâti sa manière ou ses mauvaises manières d’aimer. Il s’approche de ce qui se trame dans la géographie d’enfance.
Aimer, c’est accepter le pouvoir d’histoires qui résonnent si fort en nous qu’elles nous aveuglent, avec notre consentement.
Accepter le pouvoir des mots sur nous, accepter de ne pas comprendre ce que ces mots produisent sur nous.
Il sera question d’amour parce que Jaulin tente désespérément de parler d’amour depuis ses débuts. En tant que fils de paysan, il dit qu’il est né au pays de l’amour vache, et qu’il sera donc question de vétérinaires, de caillebottes, de barbe bleu et autres princes de l’amour.
Et si barbe bleue n’était qu’une langue dominante ? Et si, derrière la porte interdite, les squelettes dans l’obscurité étaient ces langues mortes toutes jeunes promises, mortes avant d’avoir pu s’épanouir, d’avoir pu prendre leur place maternelle.
Amour de la cruauté, des ratés, des hasards lumineux et des mots qui vont avec. Lui se défend en disant que les arbres les plus tordus sont les plus attachants et les plus mémorables. Un voyage prétexte à se faire artisan et amoureux de sa langue.

Un spectacle en deux volets

L’originalité de ce projet tiendra au fait que les deux volets de ce travail sont « parages » : ils vont de pair. Ma langue maternelle… étant destiné aux lieux non conventionnels, intégrant à chaque fois (pour une courte intervention) un locuteur d’une autre langue et pouvant donner lieu à des échanges ou ateliers autour des langues maternelles. Causer d'amour est destiné aux plateaux de théâtre (avec trio à cordes et composition de Morgane Houdemont)

Les deux spectacles seront complémentaires et auront l’ambition de faire migrer les spectateurs de la périphérie au centre et l’inverse.

Résidences et chantiers Ma Langue mondiale

• Du 10 au 12 novembre 2017 en Dordogne (24)
• Du 11 au 14 décembre 2017 à Mont de Marsan (40) - Théâtre de Gascogne
• Du 15 au 19 janvier 2018 à Mont de Marsan (40) - Théâtre de Gascogne
• 28-29 mars 2018 : Chantier public L’Aire Libre, Saint-Jacques de la Lande (35)
• Du 28 avril au 5 mai 2018 : Résidence création Palais Idéal du Facteur Cheval, Hauterives (26)
• En cours

Création Ma Langue maternelle...
19 janvier 2018 à Mont de Marsan (40)

Création Causer
Novembre 2018

Production Le Beau Monde ? Compagnie Yannick Jaulin
Coproduction : Les Treize Arches, Scène conventionnée de Brive (19) ; Théâtre de Gascogne, Scènes de Mont de Marsan (40) ; Le Nombril du Monde, Pougne-Hérisson (79) ; Le Train Théâtre, Porte-lès-Valence (26) ; Le Radiant-Bellevue, Caluire et Cuire (69) ; Théatre Sénart, Scène Nationale de Lieusaint (77) ; Gallia Théâtre, Saintes (17) ; Astérios Spectacles ; en cours
Spectacle financé par l’Union Européenne
Crédits photos Titouan Massé